4 mai : Zarautz - Deba
Mais qu’est-ce qu’une route bleue ? me direz-vous. Je n’en sais trop rien moi-même. Il y a le bleu du grand ciel bien sûr, il y a le bleu du fleuve (…), et plus loin il y a le bleu de la glace. Mais toutes ces notions ainsi que quelques autres qui me viennent à l’esprit, si elles parlent à mes sens et à mon imagination, sont loin d’épuiser la profondeur de ce « bleu ». […] Peut-être la route bleue est-elle ce passage parmi les silences bleus du Labrador. Peut-être l’idée est-elle d’aller aussi loin que possible, jusqu’au bout de soi-même – jusqu’à un territoire où le temps se convertit en espace, où les choses apparaissent dans toute leur nudité et où le vent souffle, anonyme. Peut-être. La route bleue, c’est tout simplement le chemin du possible. De toute façon, je voulais sortir, aller là-haut et voir.
Kenneth White – La route bleue
Les paysages du jour
En quittant à l'aube l'anse de Zarautz par la calzada qui serpente entre les vignes de Txakoly.

La côte par le GR121 : l’érosion du schiste en rasemer avant Deba. Superbes perspectives, très art contemporain, des lignes presque industrielles de rectitude.
Les rencontres du jour
Un accompagnateur rando, basque et radieux et très charmant, au français parfait, au haut de la colline surplombant Deba. Comme un plaisir supplémentaire pour ponctuer cette étape radieuse elle aussi !
La première ambiance pèlerins au minuscule (6 places dont une pour moi, j’ai de la chance) mais ô combien fonctionnel refuge de Deba. Ce soir, je rencontre enfin Silvia de Luzern en Suisse, Jacques qui vit au Danemark, Luc et Noël, un hollandais qui rebrousse chemin.
Jose-Mari y Elvira les volontaires de l’asso locale qui nous ont aidé à planifier la semaine suivante en fonction des auberges fermées (certaines n’ouvrent qu’à la mi-mai ou début juin). Une aide précieuse. Merci à eux.

Ci-dessus de gauche à droite : Jose-Mari, Luc, Elvira et Noël.
Des bretons couchés en travers du chemin sur les hauteurs de Getaria !
Un local de l'étape qui se rend de bon matin à Getaria. Nous marchons un moment ensemble.
L’aventure du jour
Dans ce coin de Pays Basque, ici à Zumaia, j’assiste à la messe en basque, très fervente, aux chants solides et juste. C’est que ces basques-là ont le sens pratique : les paroles des chants sont projetés sur les murs (ce qui m’a beaucoup aidé !).
Le détail insolite du jour
Toujours à Zumaia, mais dans tout l’ouest de l’Espagne apparemment, il est de bon ton de manger les bollos (pains au sucre éventuellement fourrés au beurre), comme les croissants, avec couteau et fourchette : toute une aventure !
Moins anecdotique et plus poétique : Je découvre mon ombre, marcher avec mon ombre, jouer avec mon ombre. Intégrer son ombre. Marcher vers l'Ouest, la mort.

La photo fleur bleue du jour
Moutons Black faces dans un vallon se jetant dans l’océan.
L’humeur du jour
Joie et gratitude.
L’expression/le vocabulaire du jour
« Jauna », le Seigneur en basque.
La sagesse du jour
Une journée peut en contenir cent ! Fais en sorte que cette journée se renouvelle chaque matin.
Le conseil pratique du jour
Pèlerin, chaque fois où ton guide - ou tout autre source d'info- indique des petites albergues mêmes privées et surtout des noms d’hospitaleros, n’hésites pas, c’est là qu’est la vie. Small is beautiful. L’autre, c’est toi.