16 mai : Polanco - Santillana del mar
Etre adulte, c’est passer de l’âge de l’idéal à l’âge de la miséricorde. J.Y. Leloup

Le paysage du jour
J’hésite entre deux monuments. Euh, l’usine Solvay à la sortie de Requejada (j’aime bien l’architecture industrielle). Ou le cloître de l’église Santa Juliana. Bien sûr, l’ensemble architectural de Santillana a dû mériter la phrase de Sartre selon laquelle il est le plus beau village d’Espagne. Aujourd’hui, malgré mon goût de l’harmonie, le village me paraît un peu trop propret. Enfin, je suis surtout épuisée ! Et l'accueil y est bon.


Les rencontres du jour
Antonio et Bartolomeu, la soixantaine. Ils se sont rencontrés sur un précédent Camino, le francès. Il vont jusqu’à Avilès. J’ai passé la matinée la plus hilarante du chemin (et à l’heure où j’écris cela, France Musique passe un morceau des années cinquante où on peut entendre, outre une trompette, un homme rire à gorge déployée ! c’est donc doublement amusant). Antonio est madrilène et Bartolomeu barcelonais. Et ils sont copains comme cochon. Ce qui ne s’invente pas. Bartolomeu est un grand bromista. Il se plaît à retirer les escargots rencontrés sur le chemin, à la manière des jaïnistes, leur adressant une prière… Aux abords de l’usine Solvay, il entreprend de saluer tous les véhicules rencontrés : c’est l’heure de l’embauche ! Les automobilistes apprécient et répondent par des gestes et des klaxons.
Mes anges du jour négocient pour moi avec l’hospitalero que je laisse mon sac à l’abri et lave mon linge en retard. Merci les gars. Une belle matinée qui prend fin. Ils continuent leur route. Le soir le compteur est à zéro : la récup’ a opéré. Merci à eux.

Marc et Christine, père et fille, des Vosges, nous nous rencontrons alors qu’ils se reposent dans Santillana et attendent l’ouverture de l’albergue. Nous mangerons ensemble le soir même, un repas copieux. Christine veut absolument me faire goûter au Pacharran, souvenirs du Camino francès.
Un groupe de petits français de Clermont-Ferrand. Des étincelles dans les yeux d’une mignone qui me pose des tas de questions. Si ce voyage n’a servi qu’a ça, c’est déjà bien.
L’aventure du jour
Un motard frôle Christine. Manifestement, c’est un petit con (surfréquentation touristique oblige), il fait hurler son moteur et manque la toucher. En furie, elle hurle et l’insulte, le traitant de connard. Malaise. Elle a raison mais la forme, elle, n’est pas juste.
Les détails insolites du jour
Bartolomeu porte un chapeau couvert de pin’s liés au chemin : une flèche jaune, une croix de l’ordre de saint-Jacques, la concha… et au milieu un drapeau du Canada : ? J’interroge Antonio. « Ah tu ne savais pas, c’est que le Canada anciennement était un territoire des països catalans » !!! Bartolomeu surenchérit en catalan (nous échangeons majoritairement en catalan): « Oui, c’est comme l’allemand, tu sais ça, c’est un dialecte du catalan, si, si » ! J’ai plutôt de la sympathie pour les catalanistes. Mais, avouons que l’autodérision a du bon.
Et j’ai beau être anti-logo, faut avouer que les publicitaires ont l’œil et sont souvent créatifs. Ici San Miguel s’approprie les valeurs du Camino. Avec goût. A mon goût ! La silhouette et le mouvement sont réussis.
La photo fleur bleue du jour
Travail du bois.
L’humeur du jour
Après l’hilarité du matin, le soulagement de m’accorder quasiment une journée de repos (la journée passée à Bilbao remonte à une semaine maintenant).