15 mai : Santander - Polanco

Publié le par Mélanie

 

La métaphore physiquement inadmissible, psychologiquement insensée est cependant une vérité poétique.

G. Bachelard in la poétique de l’eau.

 

La théorie c’est bon, mais ça n’empêche pas d’exister. Freud citant Charcot



Le paysage du jour

De Santander je ne vois rien, mes pieds seulement. Après Bilbao, je sais maintenant que les visites en ville me fatiguent. Je passe donc mon chemin.

 












































Les rencontres du jour

Une barmaid dans Santa Cruz où je suis arrivée en faisant un petit crochet hors chemin, besoin de me pauser. Elle m’offre des cerises. Si elle savait le goût qu’elles ont.

Arrivée à Miengo, l’orage commence à cracher ses entrailles. Sous un abri bus, j’aborde un supposé pèlerin pour me renseigner. Il s’agit d’un SDF. Son regard est d’une bonté incroyable. Je crois que le simple fait que je lui parle d’égal à égal l’a touché ? J’ai de la chance de marcher. La différence entre le SDF et le pèlerin tient du mouvement. Le pèlerin ne sais pas non plus où il dormira mais lui est en mouvement. Lui sait où il va, il a un but. Et il a la foi (enfin dans mon cas, c’est variaple !).

Au repas, je retrouve Maria et Ana, deux soeurs autrichiennes, que j’avais croisées à Santander, et rencontre Antonio et Bartolomeu avec qui je marcherai le lendemain. Ainsi qu’un hollandais qui rebrousse chemin. Décidément, n’y a-t-il que des hollandais qui fassent le chemin à rebours ?

Asunsión l’hospitalera, collectionne les dés, des pèlerins lui en envoient du monde entier. Elle nous montre sa collections, ses photos.

 

L’aventure du jour

Le guide proposait une étape courte jusqu’à Boo de Pielagos, lieu de passage du rio Pas ou ria de Mogro. Au moyen âge, les pèlerins traversaient là en barque ; puis au XVIIe siècle un pont fut construit à Puente Arce modifiant le trajet. Mon guide au lieu de suivre ce trajet ralongé, m’encourage à prendre le train juste le temps d’une station. Beaucoup de pèlerins traversent sur le pont de la voie ferrée. C’est dangereux et interdit, je préfère suivre le guide. J’arrive indécise à Boo : prendre le train ce soir et aller dormir à Miengo ? ou dormir ici ? je suis fatiguée mais l’étape est bien courte. Je me rends à la gare. Le train arrive : la FEVE (SNCF locale) décide pour moi. N’ayant pas trouvé de billetterie, je monte sans avoir payé. Qu’à cela ne tienne : au moyen âge, le passage était gratuit pour les pauvres et les pèlerins, grâce aux dons en blé que faisaient les voisins pour couvrir les frais. L’ancien tracé passait par Miengo aujourd’hui hors chemin. Je m’y rends aussi mais l’accueil pèlerin n’est plus assuré par la municipalité (et c’est pas faute d’avoir pleuré !). Je poursuit donc, déjà épuisée, seule et sous la pluie vers Requejada. Autrement dit la mort dans l’âme. Par chance, je peux appeler depuis la bibliothèque et réserver (ce qui ne se fait habituellement pas) à l’auberge suivante. Elle n’offre que 6 places. Il en reste une pour moi. Merci Seigneur ! J’arrive en pleurs, avouons-le, au milieu du repas alors que les autres ont quasiment terminé. Ils m’attendent. Voilà une marque de miséricorde à laquelle je n’avais pas donné le prix qu’elle mérite. Le temps est en effet précieux pour la récupération. Merci aux compagnons du soir.

 



































Le détail insolite du jour

Au téléphone avec l’hospitalera Asunción, j’entends pour la première fois un son que je ne pensais pas exister en castillan. En me décrivant le chemin à suivre, elle m’indique le village de Cudón, qu’elle prononce « Coudong » et pas « Coudone ». Et là j’entends d’où vient l’accang du sud que nous envient les parisiens. J’entendrai ainsi beaucoup parler de « Léong » et pas de « Léone ». J’entends-là une intention de finir, l’accent tonique est sur la fin du mot. A écouter avec attention, je découvre aussi une certaine sécheresse rythmée dans la langue castillane que je ne soupçonnais pas. J’adopte.

 

La photo fleur bleue du jour

No comment.

 

Les humeurs du jour

- Je suis tellement épuisée que je ne pense même plus à prendre des photos.

Là, ça s’appelle de la survie.

- Le bec dans l’eau à Miengo, je me retourne sur les conseils de la bibliothécaire vers la paroisse. Je me présente chez le curé. Un homme est là, dans le jardin. Il est hébergé par le curé. Il commence à pleuvoir. Je lui explique ma situation. Il va transmettre ma demande au curé. Et revient en me disant qu’il ne peut rien pour moi. Le curé ne se présente pas. Et l’Eglise s’interroge sur la chute libre du nombre de pratiquants ? J’avoue, je suis un peu irritée.

 

 

Le conseil pratique du jour

Tu l’as compris, pèlerin(e), si tu as programmé d’utiliser le guide Rando-éditions de 2007 qui mentionne un accueil pèlerin à Miengo. Ne te fies pas à cette information. Pour le reste, il est correct. Même si après coup je pense que le mieux est le guide espagnol de l’édition Aguila notamment pour ses cartes visuelles.

 

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Publié dans Mi Camino dia a dia

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