31 mai : La Pola - La Mesa
Le paysage du jour
L'ascension du Puerto del Palo, le point haut du Primitivo, se marche dans le brouillard. Le site n'en garde que plus de mystère et l'imagination plus de latitude. Avec ses quelques 1146 m, et ce brouillard qui l'enveloppe, on se laisse à penser à de la haute montagne. La redescente est plus clémente et nous laisse bientôt apercevoir Montefurado, îlot d'ermitage rattrapé par les lacets de route et rectilignes fils d'une ligne haute tension. Ce hameau me fait très forte impression, et me rappelle Mantêt, autre îlot de bout du monde. Passer ce cap en compagnie me réjouit.



Les rencontres du jour
Le matin, je laisse filer Luis et Viji. Je suis partie avant eux mais me suis égarée dès la sortie de la Pola. Je les vois de loin, leur rythme est déjà rapide. Hasta Luego. Ils avaient programmé de filer jusqu'à Grandas et ainsi de marcher deux étapes en une.
Quelques dizaines de mètres avant le col j'aperçois la silhouette d'un marcheur. Plus régulière, je le rattrape. Il souffle beaucoup. L'homme était à l'auberge la veille. Nous nous sommes levés tôt tous les deux, mais j'ai pris un vrai petit déjeuner dans un bar très chasseur, très rétro. [Des affiches au mur sur les traces de culture celte en Asturies, et sur la mythologie asturienne lui donnaient cependant un côté avenant.]
L'homme s'appelle Pepe, José P.P.. Il m'expliquera deux jours plus tard l'origine du PP. Sur ma demande. En effet, comment Pepe peut-il être le diminutif de Jose ? PP sont les initiales de Pater Putativo pour Joseph, le père de la Terre. Couleur locale de l'ancienne Espagne.
A Montefurado, il heurte violemment la poutre portant le toit de la chapelle. Douleur. Peut-être un des rares moments du Camino où je suis touchée par la souffrance de l'autre ? Nous marchons ensemble jusqu'à Lago où je m'arrête manger. J'ai programmé de tirer jusqu'à la Mesa, lui à Bertucedo (il déjeunera une fois arrivé). Au bar, je retrouve les Canarios aperçus le matin. Alejandro a l'air bien fatigué. Ils repartent avant que j'ai fini mon bocadillo con tortilla. A Berducedo, moins de quatre kilomètres plus loin, mais après m'être correctement perdue et enlisée, je retourne au café et retrouve... les Canarios. Et leur propose de finir l'étape ensemble. Alejandro marche devant , Antonio et moi derrière. Leur relation semble bien tendue, ce qu'ils me confirmeront chacun à leur tour.
A la sortie du café, à Berducedo, un couple, la trentaine, très roots, loks au vent. Ils parcourent le Nord-Ouest en VTT. Elle explique qu'ils sillonnent le pays pour voir des maisons et villages abandonnés. Belle énergie. Apparemment, ils n'ont pas un rond et doivent vraiment compter sur la Providence. Les marginaux sont très rares dans ce coin d'Espagne.

L’aventure du jour
Le repas du soir à la Mesa. La cuisine de l'albergue est très rudimentaire. Pour tout couverts, nous avons à nous trois, Antonio, Alejandro et moi, un fait-tout avec couvercle, une casserole avec un autre couvercle, une poêle, un verre, un bocal de verre, un couteau, un couteau suisse (un couteau/des pinces). Au menu : vermicelles à la poule, spaghettis sauce oignons et chorrizo maison (le père d'Antonio vit à Cangas de Onis, ils ont dîné ensemble la veille et l'ancien leur a laissé des chorrizos fabriqués maison). Rock'n roll. J'adore. Et ces pâtes les meilleures de la décennie.
Le détail insolite du jour
Une prière touchante et plastifiée à la chapelle de Santiago à Montefurado. La seule.
Et un petit caillou de fer rapporté de ma terre, de la mine de Rapaloum, et déposé là, tout en haut, sur un mojón. Un parmi d'autres. Mais un qui a du sens pour moi comme plus tard j'oublirai mon bâton dans la forêt, et revenant sur mes pas, je penserai que celui-là seul avait du prix (comme la Rose du Petit Prince). Ce caillou seul à du sens parmi ces milliards de graviers et de roches. J'avais décidé que ma Cruz de hierro serait le Puerto del Palo. Il l'a été. Mais je n'ai pas jeté au loin mes péchés (pécher c'est viser à côté intentionnellement ou pas), seulement déposés là. L'important étant l'oubli.



La photo fleur bleue du jour
Des fleurs blanches. Des asphodèles.
L’humeur du jour
Full and beautyfull. J'aime cette aventure. Malgré l'humidité, les ronfleurs et l'eau jusqu'à la cheville.
Le conseil pratique du jour
Tu vois bien pèlerin(e), pas besoin de transporter fourchette, cuillère, gobelet... partout il est possible de manger des spaghettis, même dans ce bout du monde.
