8 juin : Santa Irene - Monte do Gozo
[...]
- Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d'un secret.
Le petit prince s'en fut revoir les roses:
- Vous n'êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n'êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisé et vous n'avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n'était qu'un renard semblable à cent mille autres. Mais j'en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.
Et les roses étaient bien gênées.
- Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu'elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c'est elle que j'ai arrosée. Puisque c'est elle que j'ai mise sous globe. Puisque c'est elle que j'ai abritée par le paravent. Puisque c'est elle dont j'ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c'est elle que j'ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c'est ma rose.
Et il revint vers le renard:
- Adieu, dit-il...
- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
- L'essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir. [...]
Le Petit Prince – Chapitre XXI – Antoine de Saint-Exupéry
Le paysage du jour
Bien que loin d'être exceptionnel, le paysage qu'on aperçoit depuis le Monte do Gozo est si prometteur...
l'expression artistique par contre...


Les rencontres du jour
Caminando, je rencontre et discute avec deux valenciennes. Je suis heureuse d'apprendre que je parle bien le valencien! De fait mon catalan est bien loin... Matilde, la plus sympa des deux femmes est de Sueca, le village de Victor, ce conservateur des archives de l'essayiste Joan Fuster rencontré voilà deux années à l'Université catalane d'été à Prades. Matilde est une belle femme, rousse, et douce.
Plus tard, dans la file pour prendre ma place dans l'auberge, je discute avec cet allemand de la veille qui mangeait près de l'auberge à Santa Irene. Il m'explique qu'il vient de perdre son père. C'est ce qui l'a mis en route, très vite, sans réflexion préalable. Il est radieux. Avant même d'arriver à Santiago, il a déjà trouvé semble-t-il ce qui l'amenait.
Au restau, je retrouve un jeune gars asiatique aperçu à l'albergue. Nous mangeons ensemble. Il est brésilien d'origine japonaise. Il me confie à son tour qu'il vient de perdre son père. Il est là pour terminer le Camino qu'avait commencé son père. Il se lève parmi les premiers, arrive fréquemment le premier dans les auberges. Ne veut pas rencontrer de personnes, ni parler. Je suis touchée de sa confidence et admirative du geste malgré la rigueur et la dureté dans laquelle il a l'air de vivre.
Les retrouvailles du jour...
Au Monte do Gozo, je retrouve assis et visiblement fatigué... San Martin. Nous nous étions quittés le 24 mai à Villaviciosa. Quelle surprise et quelle joie! Et comme par miracle, il ne jure pratiquement plus! Il me raconte ses péripéties. Il souffre d'une jambe et boîte sérieusement. Il a l'air beaucoup plus serein que sur la côte asturienne. Ses yeux gris pétillent.
Et comme les bonnes nouvelles n'arrivent jamais seules, je retrouve aussi Lluis, mon ami catalano-allemand que j'avais laissé filer à la Pola de Allande le 30 mai. Quelques jours plus tôt il a eu une gastro et s'est séparé de Saint Viji qui n'a donc que deux ou trois jours d'avance. Mais du coup a certainement déjà quitté Santiago. Il semble fatigué. Tous les trois et un autre compagnon allemand de Lluis, partageons quelques bières et un sandwich.
L’aventure du jour
Dans la matinée, peu avant Lavacolla, je m'arrête pour une pause technique dans un bois d'eucalyptus. Puis reprends ma route quand je m'aperçois de mon oubli. Mon bâton est resté dans le bois. Le retrouverai-je parmi toutes ces formes, morceau de beau parmi les morceaux de bois, que si peu de détail le distingue des autres jeunes pousses longilignes? Me revient alors en mémoire le passage du Petit Prince sur sa Rose, une parmi la multitude mais qui seule a du prix à ses yeux.
« C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé.
Tu es responsable de ta rose... »
Bon bien sûr, réflexion à extrapoler aux personnes que j'aime. Un bâton même distinct, c'est rien. Mes parents, mes ami(e)s, c'est.

Le détail insolite du jour
Dans une courbe, à l'approche de l'aéroport et jouxtant une route, des croix de bois sont improvisées, confectionnées et arrimées à un grillage. Pour ceux qui souffrent, derniers moments de Croix à porter.



La photo fleur bleue du jour
Peut-être cette treille qui encadre le Camino, une voilure?

L’humeur du jour
Tranquille, le corps crie toujours bien sûr mais la décision de repousser d'une journée mon arrivée à Santiago a été la bonne. Il bruine. Une pèlerine me dépasse à un rythme fou, certainement pour être à l'heure pour la messe des pèlerins. Très peu pour moi: je terminerai à mon rythme, et en conscience. Et si Dieu veut, avec le soleil?

Le conseil pratique du jour
Montxoi, Montagne de la Joie, je ne sais pas bien mais de la paix, si, si. J'ai hésité à la vue des bâtiments et des 500 places du complexe. Mais le lieu est paisible, la sieste ensoleillée.